C'était le premier mercredi
après les grandes vacances. Thomas, qui s'était levé de
bonne heure, regardait par la fenêtre de sa chambre. Le ciel était
gris et les nuages chargés de pluie. Un bien triste mercredi !
Il avait une course à faire, une toute petite course, et le reste de la
journée lui appartenait. Il décida donc de s'en
débarrasser tout de suite, espérant que le ciel en profiterait
pour retrouver la couleur bleue des vacances. Il ramassa les quelques
pièces de monnaie que lui avait données sa maman, les mit dans sa
poche et sortit.
Il était si tôt que le grand
magasin était encore fermé. Quelques personnes attendaient
déjà, appuyées sur leur chariot vide. Il colla son nez
contre la porte et observa. Bientôt, les lumières du plafond
s'allumèrent, éclairant une à une les allées.
Lorsque tout fut illuminé, le grand rideau métallique au fond du
magasin se releva. On aurait dit qu'une bouche monstrueuse s'ouvrait ! Une
petite armée de blouses à pattes en sortit. Elles parlaient entre
elles et semblaient de très bonne humeur. Les blanches, toute
proprettes, se dirigèrent vers les caisses. Les bleues portaient de
lourdes échelles ou des boîtes à outils. Quant aux vertes,
elles poussaient d'énormes chariots débordant de cartons. Tout ce
petit monde s'éparpilla très vite dans les allées tandis
qu'un homme en costume venait enfin ouvrir les portes du magasin. Thomas savait
exactement où il devait aller. Il n'avait d'ailleurs pas beaucoup de
chemin à parcourir. Le rayon de papeterie était placé
juste à droite en entrant. Il tourna dans la troisième
allée et remonta les deux rangées de présentoirs,
jusqu'à l'endroit où se trouvaient les gommes. Accroupi juste en
dessous, un homme en blouse verte, dont il ne voyait que le dos, empilait des
pochettes de crayons de couleur. Thomas n'osait pas le déranger.
- "Que veux-tu mon garçon ?" lui demanda l'homme en se
relevant.
- "Je voudrais une gomme s'il vous plaît." répondit
Thomas.
- "Tu as le choix !" fit l'homme en lui montrant de la main une
série de crochets où se balançait un large éventail
de formes et de couleurs. Et l'homme se remit au travail.

Thomas commença par compter l'argent
qu'il avait dans sa poche avant d'examiner le présentoir. Il y en avait
vraiment pour tous les goûts. D'après les étiquettes,
certaines sentaient même la fraise ou la vanille ! Le regard du petit
garçon fut attiré par un crochet vide au beau milieu des autres.
Il se demanda comment pouvaient être les gommes qui avaient
été accrochées là avant. L'homme en blouse verte,
qui était en train d'ouvrir un carton, remarqua sa curiosité et
lui demanda :
- "C'est celle-là que tu veux ? Eh bien, tu as de la chance car il
en reste une de pendue..."
Et, tout en ramenant vers la lumière le carré de gomme tout
blanc, il ajouta :
- "C'est un très bon choix. Bien sûr, elle n'est pas aussi
colorée que ses petites camarades, mais elle fait très bien son
travail...et sans laisser de traces, tu verras ! Tiens !"
Thomas n'osa pas refuser et, après
avoir remercié le magasinier, alla directement payer à la caisse.
Dehors, le ciel était toujours aussi gris et il rentra chez lui sans
perdre de temps. Une fois dans sa chambre, il s'installa à son bureau et
décida de vérifier si la gomme marchait aussi bien que le lui
avait dit l'homme. Sur un morceau de papier, il écrivit son
prénom, son nom au crayon de papier, puis gomma. Effectivement, le petit
carré blanc faisait très bien son travail et c'est à peine
s'il semblait avoir servi. Il prit ensuite son stylo plume et écrivit :
"Je m'ai levé de bonne heure".
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