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Pas
de médaille pour Josépha ! |
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Josépha avait annoncé la
nouvelle : elle ne voulait plus grossir, donc elle ne mangerait plus.
- " Tu ne peux pas faire ça, avait crié sa mère, tu
m'imagines en train de te regarder mourir de faim ? "
- " Il y a sûrement une autre solution, avait ajouté son
père, laisse-nous réfléchir, je t'en prie ! "
Josépha ne voulait rien entendre et,
en désespoir de cause, on fit appel à Coquenvrille, le vieil
escargot.
- " Je comprends ton chagrin, lui dit-il, et depuis que nous connaissons
la situation, tous, nous cherchons une solution. Personne ici n'a jamais
quitté la maison autrement que cuisiné par Clémentine, et
encore seulement pour régaler ses enfants et ses petits enfants. Ce
n'est pas avec toi que cela va commencer. Accordes-nous un peu de temps pour
trouver une solution. "
Josépha accepta et Coquenvrille partit un peu rassuré. Il se
dirigea vers le plan de salades où l'attendait Milanno, le ver de terre.
Le vieil escargot avait longuement réfléchi. Il avait
trouvé une idée et espérait que le ver de terre pourrait
l'aider. Milanno écouta attentivement, puis il donna rendez-vous
à Coquenvrille le soir même au pied de la jeune citrouille. Le
plan lui semblait tout à fait réalisable mais il lui fallait
l'avis des principaux intéressés.
A l'heure où le jardinier fumait sa
dernière pipe de la journée, deux vers, un escargot et trois
citrouilles discutaient au fond du jardin. Voilà ce qui fut
décidé : Josépha deviendrait une grosse citrouille, si
grosse que le vieux François ne pourrait plus la bouger. Dès
qu'elle serait à ce point énorme, les petits vers de pomme
creuseraient quelques trous dans sa chair, sans lui faire de mal, et sans que
le jardinier puisse voir quelque chose puisque ce serait sur la partie
cachée.
Josépha se concentra si bien sur sa mission qu'elle tripla de volume en
l'espace de deux semaines. Le vieux François, qui ne pouvait plus la
bouger, ne cachait pas sa joie. Les petits vers décidèrent qu'il
était temps d'agir et se mirent à creuser, en experts, cinq trous
qu'ils agrandirent ensuite. La jeune citrouille supporta très bien
l'opération et continua de grossir sous la surveillance des vers de
pomme.
Puis un soir, Josépha vit arriver
Milanno.
- " Josépha, tu ne verras pas les vers de pomme ce soir, ils
doivent trouver un abri pour des vers luisants de leur famille, et le temps
presse.
- Je peux peut-être les aider ? proposa Josépha. Crois-tu qu'ils
auraient assez de place à l'intérieur de mon ventre creux ?
- Mais oui, mais oui, c'est une excellente idée, et je vais de ce pas
chercher tes invités ! "
C'est ainsi que Josépha devint un hôtel cinq étoiles, cinq
fenêtres éclairées le soir par les lanternes des vers
luisants.

Quand Pierre, le fils du vieux
François, vint à la Toussaint, le jardinier lui demanda de l'aide
pour retourner Josépha. Il voulait l'inspecter de plus près.
Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant les trous creusés par
les vers ! Josépha était défigurée, adieu la
médaille et adieu le concours !
Le vieux François était effondré. Il était dans un
tel état que son fils décida de rester jusqu'au lendemain matin.
La soirée fut bien triste et le vieux François alla se coucher de
bonne heure. Clémentine ne tarda pas à le rejoindre et Pierre en
profita pour faire un tour de jardin. Ses pas le menèrent doucement
jusqu'au fond du potager et c'est ainsi qu'il découvrit Josépha
comme éclairée de l'intérieur. Une pâle
lumière filtrait des trous creusés par les vers. On aurait dit
deux yeux, deux narines et une bouche.
Il sortit de sa poche une drôle de boite sur laquelle il se mit à
taper du bout du doigt et qu'il posa ensuite contre son oreille.
- " Allô
Evelyne ? fit-il en s'éloignant.
- Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Josépha à sa mère.
- Hallo... ween
Je crois ! "
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Viviane
Cuny.
Illustré par Benoît
Guillaume |
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